Saint Vincent Ferrier

Sur le chemin de Tro Breiz

Une cathédrale palimpseste à Vannes

Journal La Croix, Marie Soyeux

 

Saint Patern, fondateur de l’évêché de Vannes, est peu représenté dans sa cathédrale, au profit du culte de saint Vincent Ferrier, à partir du XVe siècle.

La façade de la cathédrale offre une grande diversité de styles : roman du début du XIIIe siècle, néo-gothique et même une rotonde Renaissance italienne. / Léonnard Leroux pour La Croix

 Si certaines cathédrales semblent s’élever d’un seul élan vers le ciel, à l’image de celle de Chartres, d’autres portent les marques des soubresauts architecturaux de leur histoire.

 La cathédrale Saint-Pierre de Vannes est de celles-ci. La contemplation de sa façade offre une grande diversité de styles : roman du début du XIIIe siècle pour la tour nord (récemment restaurée), néogothique pour la tour sud, et même une rotonde Renaissance italienne, côté nord.

 C’est là un édifice palimpseste, où les courants artistiques se juxtaposent et se recouvrent au gré des siècles. De même, la dévotion à Vincent Ferrier, saint patron de la ville, a pu éclipser celle à saint Patern, né cinq cents ans plus tôt. La statue qui accueille le visiteur aux portes n’est donc pas celle du saint autochtone, mais de l’apôtre espagnol, né à 1 200 kilomètres de là, à Valence.

 

Raviver la foi bretonne

 En 1418, Vincent Ferrier est mandé pour raviver la foi bretonne par le duc Jean V – celui-là même qui aurait accompli, l’année suivante, un pèlerinage autour de la Bretagne en remerciement d’une guérison. Le prédicateur espagnol meurt cependant le 5 avril 1419, un an après son arrivée à Vannes, « dans une maison sur l’actuelle place Valencia », précise Isabelle Le Mouël, guide conférencière.

 Un tableau dans le transept nord le représente sur son lit de mort, auprès de la duchesse de Bretagne affligée.

 En une année seulement, il aura su toucher l’âme des Vannetais, car aussitôt les fidèles se pressent à son tombeau pour déposer leurs offrandes.

 L’évêque Amalric de la Motte et le chapitre s’entendent pour que le tiers de ces donations serve à restaurer l’église, fragilisée depuis des années. Par un mystère de l’histoire, ce seront surtout des annexes qui en bénéficieront cependant.

 

La cathédrale revit

 En 1455, Vincent Ferrier est canonisé, à l’issue d’une enquête rassemblant 312 témoignages. Cette même année, le pape Calixte III renouvelle les indulgences pour dix ans afin de poursuivre les rénovations. La nef, réaménagée sous l’épiscopat d’Yves de Pontsal, est consacrée en 1476.

 Elle est dite « à vaisseau unique », c’est-à-dire sans bas-côtés – chose plus courante en Catalogne qu’en Bretagne, où cette caractéristique est une rareté.

 Autre spécificité, le maître-autel se trouve non pas dans le chœur, mais à la croisée du transept, sur une décision de Mgr de Bertin au XVIIIe siècle, dans le souci de le rapprocher des fidèles. En 1768, cet évêque ordonne en effet la destruction de l’ancien chœur et fait voûter d’arêtes le transept et la nef, changeant considérablement le volume de l’édifice.

 Cette voûte dissimule la charpente lambrissée d’origine, qui existe toujours, une dizaine de mètres plus haut. L’agencement de son intérieur à cette époque ne mérite cependant pas le sévère jugement de l’inspecteur général des monuments historiques Prosper Mérimée, qui déclara les tours et le portail seuls dignes d’intérêt.

 

Le centre de la cathédrale dans sa chapelle

 Les travaux du chœur ont par ailleurs condamné l’accès à la crypte, où reposa d’abord saint Vincent Ferrier. Son tombeau fut déplacé plusieurs fois. Il se trouve maintenant dans la chapelle qui porte son nom, dans la rotonde, depuis 1956. Soit exactement cinq cents ans après la grande fête qui fut donnée pour la canonisation du saint et pour laquelle la cathédrale fut tapissée sur toute sa hauteur !

 Un buste reliquaire de 1903 s’y trouve installé. Les fidèles, notamment espagnols, viennent s’y recueillir dans la douce lumière des verrières.

 Partout le souvenir du saint patron de la ville irradie, jusque dans la chapelle absidiale de saint Vincent, dans l’axe du chœur. Le retable de style lavallois daté de 1634, présente la rare alliance du marbre et du calcaire.

 Sous le regard d’une Vierge sculptée, une autre alliance retient l’attention du pèlerin : celle de la statue de saint Vincent Ferrier, dans la niche centrale, et celle de saint Patern à sa droite. Dans ce palimpseste de pierres élevées par la foi, les nouvelles dévotions ne condamnent pas les anciennes à l’oubli.


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